Mirèio

Cante uno chato de Prouvènço.
Dins lis amour de sa jouvènço,
A travès de la Crau, vers la mar, dins li bla,
Umble escoulan dóu grand Oumèro,
Iéu la vole segui. Coume èro
Rèn qu’uno chato de la terro,
En foro de la Crau se n’es gaire parla.

Emai soun front noun lusiguèsse
Que de jouinesso, emai n’aguèsse
Ni diadèmo d’or ni mantèu de Damas,
Vole qu’en glòri fugue aussado
Coumo uno rèino, e caressado
Pèr nosto lengo mespresado,
Car cantan que pèr vautre,
O pastre e gènt di mas !

Mireille

Je chante une jeune fille de Provence.
Dans les amours de sa jeunesse,
À travers la Crau, vers la mer, dans les blés,
Humble élève du grand Homère,
Je veux la suivre. Comme elle était
Seulement une fille de la terre,
En-dehors de la Crau il s’en est peu parlé.

Bien que son front ne brillât
Que de jeunesse, bien qu’elle n’eût
Ni diadème d’or ni manteau de Damas,
Je veux qu’en gloire elle soit élevée
Comme une reine, et caressée
Par notre langue méprisée,
Car nous ne chantons que pour vous,
ô pâtres et habitants des mas !

De Frédéric Mistral – Mirèio (Mireille) Chant I

Deux premiers paragraphes du célèbre livre de Mistral « Mirèio ». Ce roman, écrit en provençal, lui a valu le prix Nobel de littérature en 1904.