Lou cant di felibre

Sian tout d’ami, sian tout de fraire,
Sian li cantaire dóu pais !
Tout enfantoun amo sa maire,
Tout auceloun amo soun nis :
Noste cèu blu, noste terraire,
Soun pèr nous-autre un paradis.

Sian tout d’ami galoi e libre,
Que la Prouvènço nous fai gau ;
Es nàutri que sian li felibre,
Li gai felibre prouvençau !

Lou cant di felibre

Fau que lou pople se satire ;
Toujour, pecaire, acò’s esta…
Eh! se jamai falié rèn dire,
N’i’aurié, bon goi, pèr ié peta !
Fau que n’i’ague pèr lou fai rire,
Fau que n’i’ague pèr ié canta !

Sian tout d’ami galoi e libre
Que la Prouvènço nous fai gau
Es nàutri que sian li felibre,
Li gai felibre prouvençau !

Lou cant di felibre

Le chant des félibres

Nous sommes des amis, des frères,
Étant les chanteurs du pays !
Tout jeune enfant aime sa mère,
Tout oisillon aime son nid :
Notre ciel bleu, notre terroir
Sont, pour nous autres, un paradis.

Tous des amis, joyeux et libres,
De la Provence tous épris,
C’est nous qui sommes les félibres,
Les gais félibres provençaux  !

Le chant des félibres !

Dans le travail le peuple ahane :
Ce fut, hélas  ! toujours ainsi…
Eh ! s’il fallait toujours se taire,
Il y aurait de quoi crever  !
Il en faut pour le faire rire,
Et il en faut pour lui chanter  !

Tous des amis, joyeux et libres,
De la Provence tous épris,
C’est nous qui sommes les félibres,
Les gais félibres provençaux  !

Le chant des félibres !

Adaptation du texte Lou cant di felibre de Frédéric Mistral (1830-1914).  Texte écrit le 21 mai 1854 en l’occasion de l’assemblée des félibres; paru dans « L’Almanach provençal pour le bel an de Dieu 1855 ».